Plaisir d’apprendre

Regards croisés entre deux enseignantes et une formatrice

Le groupe, la parole, les défis et la confrontation des idées … Moteurs du plaisir d’apprendre en classe

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Priscille DUFAY

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Christelle CUVELIER

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Suzanne TAFFIN

Enseignantes en REP à l’école Pergaud de Noeux les Mines et conseillère pédagogique, elles partagent leurs regards sur le plaisir d’apprendre.

Le langage et les interactions jouent un rôle primordial dans le plaisir d’apprendre

Permettre aux élèves de s’exprimer sur ce qu’ils comprennent, d’expliquer pourquoi l’autre s’est trompé

« Le confinement nous a obligées à enseigner différemment. Nous avons voulu aborder de nouvelles notions pendant cette période, nous avons donc proposé des temps de vidéos et de visio aux élèves pour faciliter les apprentissages. Nous ne pouvions pas ne proposer que des exercices d’application et de répétition, même si ça fait aussi partie de notre travail. Ce qui nous intéresse, c’est de pouvoir aborder les nouvelles notions avec eux, en laissant les élèves s’exprimer sur ce qu’ils comprennent de ce qu’on leur explique.

 

Pendant le confinement, le fait qu’ils puissent expliquer pourquoi l’autre s’est trompé, c’est ce qui a manqué, même malgré nos capsules vidéo pour expliquer les notions. Il manquait les échanges entre enfants, quand ils construisent la notion. »       

En classe, ces temps d’échanges sont favorisés et facilités par le groupe classe et par les gestes professionnels acquis par les enseignants. Ils sont beaucoup plus difficiles en distanciel. 

Les travaux de la recherche [ travaux anciens (Vygotsky, Bruner …) et plus récents (Houdé, Dehaene, Doise …)] confirment le rôle primordial et central du langage et des interactions orales dans le processus d’apprentissage et le plaisir d’apprendre .

Proposer des challenges et des défis à relever, des situations qui résistent

« On s’est aussi rendu compte que les enfants étaient plus volontaires quand on leur propose une sorte de défi, qu’on leur permet de construire des choses ensemble. »   

C’est également ce pense Philippe Meirieu quand il dit que « la coopération n’est pas seulement un bel idéal, c’est une nécessité vitale que nous devons mettre au cœur de l’éducation et de l’école. Nous avons besoin, pour cela, de développer l’entraide entre élèves, les travaux de groupes, la réflexion collective. »

Les situations qui offrent un niveau de résistance suffisant [les défis] favorisent l’émergence du besoin de faire ensemble. Mais elles contribuent aussi à l’engagement actif et au sentiment de fierté et d’efficacité personnelle, gage d’un certain plaisir. 

De la diversité des avis … pour tirer profit de l’hétérogénéité des stratégies 

« Quand on aborde de nouvelles notions, parfois les enfants ont des stratégies auxquelles nous n’aurions même pas pensé. Par exemple, ma collègue et moi on ne voyait pas la soustraction de la même façon, notre façon de présenter est complètement différente. Donc on a décidé de présenter les deux stratégies aux enfants. Mais c’est parce qu’on travaille ensemble qu’on s’est confrontées. Si on n’avait pas pu le faire, on était pauvres, on aurait imposé une vision. De la même façon, on perd des choses si on ne laisse pas les enfants exprimer ce qu’ils ont compris de ce qu’on leur a présenté et qu’on ne les laisse pas exprimer leurs propres stratégies. Quand on s’enrichit des stratégies des uns et des autres, on peut aller plus loin dans notre réflexion. On devient capable de faire des liens et de s’adapter. »  

On retrouve cette idée dans les propos de J Bernardin :

« l’échange entre pairs est un recours à la solitude désespérante. Le groupe est à la fois ressource et stimulation à aller plus loin. De la diversité des avis naît la nécessité de s’expliquer, d’argumenter, de chercher à convaincre, de prouver ce qu’on avance et donc aussi de « bouger » soi-même : abandonner son opinion première, aménager ou enrichir son point de vue, dans tous les cas, accroître sa maîtrise… »  La bienveillance en éducation –Jacques BERNARDIN– http://www.gfen.asso.fr/fr/bienveillance_education_jacques_bernardin_ser_2013 

Les procédures peuvent être des «objets d’étude» et la diversité de celles-ci offre à l’enseignant l’occasion de tirer profit de  l’hétérogénéité. Des situations ouvertes et résistantes dans une “pédagogie de l’investigation” ont aussi pour intérêt de donner la possibilité à tous les élèves (y compris aux plus fragiles) de produire une réponse personnelle en même temps que de prendre conscience de l’existence de pensées différentes, parfois divergentes. Cette hétérogénéité des idées constitue un point d’appui facilitant l’émergence d’interactions orales ou écrites au service des apprentissages et du plaisir de comprendre.        

Finalement, si le regard posé sur l’enfant exerce une influence sur la motivation et l’engagement, donner la parole, faire interagir, proposer des défis et tirer profit du groupe permettent à l’enfant de prendre du plaisir à apprendre.

Pour s’éclairer

Ce qu'en disent R VIAU, S DEHAENE & J BERNARDIN.
Grâce à l’exigence collective de confrontation, […], l’élève prend peu à peu conscience de son activité mentale…

S’appuyer sur les apports en neurosciences pour expliquer l’influence des émotions et des hormones sur les apprentissages et découvrir.